Pendant des siècles, l’Empire Roym a tenu sous sa main une grande partie d’Andellar, de la vallée de Hyeon à l’Est jusqu’aux terres de Tannuviel à l’Ouest. Il n’en reste aujourd’hui ni couronne, ni drapeau, ni héritier.
Les récits hélïastres font remonter l’histoire de Roym aux tribus nomades des montagnes centrales d’Andellar. Vers l’an 1090, plusieurs d’entre elles se seraient regroupées et auraient mis leurs dieux en commun, posant les premières pierres de ce qui deviendra le panthéon hélïastre.
Vers 1330, ces tribus se sédentarisent peu à peu sur le versant oriental de la chaîne. C’est là, entre Tannuviel à l’Ouest et la vallée de Hyeon à l’Est, que se serait formé le coeur de l’antique Empire Roym.
Ces dates sont celles que retiennent les chroniques. Pour une période aussi lointaine, elles tiennent davantage de la tradition que de la certitude.
Déjà vieux de plusieurs siècles, l’Empire se tourne d’abord vers l’Est, où il rencontre non pas des tribus, mais les trois royaumes hyeon : Sunhwa, Baewon et Doryeon, épuisés par leurs propres rivalités. Ils tombent l’un après l’autre.
Gouverner une terre aussi riche et peuplée se révèle impossible sans les lettrés hyeon. Les gouverneurs roym s’y mêlent, apprennent leur écriture et leurs usages. Quand la capitale impériale s’installe à Méongyu, au coeur de la vallée, en 2390, l’Est a déjà commencé à changer l’Empire autant que l’Empire l’a changé.
Pour en savoir plus : Hyeon, le peuple englouti.
À mesure que l’Empire grandit, les seigneurs qui reçoivent des terres deviennent de plus en plus puissants. En 2535, les régions de Sulong, Nuantan et Kyeok se soulèvent contre l’Empereur. La guerre dure une trentaine d’années, jusqu’à une paix signée en 2568.
Pour que cela ne se reproduise plus, les Empereurs suivants retirent peu à peu aux seigneurs leur pouvoir sur leurs terres, et leur offrent à la place des charges dans l’administration et l’armée. Vers 2680, il ne reste plus rien de cette noblesse terrienne dans l’Est de l’Empire.
En 2540, des éclaireurs roym franchissent les montagnes vers l’Ouest et découvrent les terres autour de Tannuviel. L’Empire, alors dans son âge d’or, y lance de grandes campagnes militaires.
Les tribus païennes tombent les unes après les autres. Leur polythéisme facilite leur assimilation, d’autant que les Roym se montrent tolérants envers les cultes des peuples conquis. Le pays des Myr est conquis et intégré à l’Empire, mais garde son nom à travers les siècles.
Seul le royaume meyased de Tannuviel résiste réellement. Face à des guerriers mieux armés et mieux équipés, ses armées perdent la partie Est du royaume. En 2565, la capitale est assiégée et le Roi capitule pour préserver la liberté de culte de son peuple. Tannuviel est annexée en 2572, mais ses temples restent debout.
L’Empire est devenu trop grand pour être gouverné depuis une seule capitale. La chaîne de montagnes ralentit tout, les nouvelles comme les ordres, et l’Hélïasme lui-même varie d’une région à l’autre. Il suffit d’une crise de succession pour que l’Empire se coupe en deux.
À l’Est naît ce qui deviendra l’Empire Siyùnn. À l’Ouest demeure l’Empire Roym, qui installe sa nouvelle capitale dans la cité de Tannuviel, une ville pourtant majoritairement meyased.
La tolérance religieuse qui avait facilité les conquêtes devient une faiblesse : les territoires de l’Ouest sont trop divisés dans leur foi pour rester unis. En 2820, l’Empereur interdit toute religion autre que les cultes hélïastres.
Tannuviel est investie par les troupes impériales, les foyers meyaseds sont mis à sac et le Temple est détruit, suivi de tous les temples meyaseds de l’Empire. Certains se convertissent, beaucoup fuient vers les marges, et d’autres continuent de prier dans l’ombre en attendant le Sauveur annoncé par leurs sages. Une partie de ces exilés aurait gagné le Sud, dans les terres de l’actuelle Elquien.
C’est dans cet Empire que naît Yichéa, en 3001. En 3036, alors qu’elle traverse les montagnes pour prêcher à l’Est, elle est arrêtée par les autorités impériales et crucifiée.
Dans les décennies qui suivent, l’Église émoune grandit en secret au coeur de l’Empire, et ses fidèles se recrutent désormais jusque chez les hélïastres. Vers 3120, l’Empereur ne tient plus que les terres des actuels Tannuviel, Treffisal et Pésroq. Partout ailleurs naissent des tribus et de petits états, parfois émounes, souvent encore païens.
En 3156, Tannuviel se soulève. Les émounes, soutenus par les meyaseds, prennent la cité. L’Empereur est capturé et crucifié, et une femme nommée Tilia est installée sur le trône par la Parechann.
Les sources ne s’accordent pas sur la date à laquelle l’Empire Roym cesse réellement d’exister. Les chroniques siyennites parlent d’une chute définitive vers 3125, quand les récits émounes la font coïncider avec la mort du dernier Empereur en 3156. Entre les deux, il est difficile de dire si l’on parle encore d’un empire ou seulement de ce qu’il en restait.
Roym n’a laissé aucun héritier direct, mais on retrouve sa trace un peu partout :
Siyùnn, qui en est issue, et où l’Hélïasme s’est codifié dans sa forme actuelle après la scission.
La féodalité de l’Ouest, née des petits états qui se sont partagé les restes de l’Empire avant de prêter fidélité au trône de Tannuviel, vers 3210.
Le nom de Myrilis, qui a traversé toute l’occupation roym.
Le peuple meyased, qui n’a plus jamais retrouvé d’état depuis la conquête de 2565.
La blessure siyennite, puisque c’est sur les routes des montagnes, en territoire impérial, que Yichéa est morte, un souvenir que le monde émoune n’a jamais pardonné à l’Est.
Tout ceci reste une histoire racontée par les vainqueurs et les héritiers. Les émounes en ont fait un empire de persécuteurs, les siyennites préfèrent ne pas trop s’y attarder. Ce que les Roym pensaient d’eux-mêmes, en revanche, personne ne semble plus le savoir.