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Hyeon, le peuple englouti

Un peuple sans nation

On ne trouve nulle part sur les cartes d’aujourd’hui le nom de Hyeon. Il ne reste ni royaume, ni frontiere, ni drapeau a ce peuple. Seulement des noms de villes qui sonnent differemment de ceux qu’on entend ailleurs a Siyunn, quelques tournures de langue que les erudits n’expliquent pas, et la certitude diffuse que l’Empire n’est pas ne d’un seul peuple, mais de deux qui ont fini par se fondre l’un dans l’autre.

Bien avant que les legions de l’Empire Roym ne franchissent la grande chaine de montagnes qui coupe Andellar en deux, une tout autre civilisation prosperait deja sur son versant oriental. On l’appelle aujourd’hui les Hyeon, meme si nul ne sait avec certitude si c’est ainsi qu’ils se nommaient eux-memes.

La Vallee de Hyeon

Le coeur du monde hyeon se trouvait dans une grande vallee fertile, traversee par un fleuve que les rares textes retrouves nomment le Hyeongang. Ce sont ces memes terres verdoyantes qui, des siecles plus tard, feront de Meongyu un choix evident pour y etablir la capitale imperiale.

Une terre riche et genereuse, ou l’agriculture, le riz et le millet en tete, permettait de nourrir une population bien plus dense que tout ce que l’on trouvait alors du cote occidental d’Andellar. De cette abondance est nee une societe sedentaire, organisee, et deja solidement installee quand les premiers eclaireurs roym ont pose le pied sur ses rives.

Une civilisation avant Roym

Les Hyeon disposaient de leur propre ecriture, les Munhae, des ideogrammes dont on retrouve encore la trace, deformee par les siecles, dans certains sceaux administratifs siyennites. Le culte des ancetres tenait une place centrale dans leur vie spirituelle, tout comme l’enseignement d’un sage dont le nom a traverse les ages : Iseon.

On prete a Iseon la Voie qui porte son nom, un ensemble de preceptes sur l’harmonie, le devoir et la place de chacun dans l’ordre du monde, que certains rapprochent, avec plus ou moins de justesse, de la piete meyased ou emoune. Rien ne prouve qu’Iseon ait reellement existe sous cette forme unique. Il est fort possible que ce nom recouvre en realite plusieurs maitres et plusieurs generations d’enseignement.

Les Trois Royaumes

Contrairement a Tannuviel ou a Roym, les Hyeon ne formaient pas une seule nation, mais une mosaique de royaumes rivaux, unis par la langue, l’ecriture et la Voie d’Iseon, mais jamais par une couronne commune.

  • Sunhwa, installe au coeur meme de la vallee, le plus riche et le plus peuple des trois, agissait en hegemon sans jamais parvenir a soumettre ses voisins.

  • Doryeon, au nord, plus montagneux, repute pour ses guerriers et sa mefiance envers les etrangers.

  • Baewon, sur la cote, tourne vers le commerce maritime et les echanges avec des peuples aujourd’hui oublies.

Cette rivalite constante entre les trois royaumes est sans doute ce qui a le plus facilite la conquete roym. Aucun des trois n’a jamais accepte de porter secours aux deux autres face a l’envahisseur.

La conquete et l’absorption

Quand l’Empire Roym, deja vieux de plusieurs siecles cote montagnes, reprend son expansion vers l’Est, ce ne sont pas des tribus eparses qu’il rencontre, mais trois royaumes installes, sedentaires, et deja epuises par leurs propres guerres. Sunhwa tombe le premier, puis Baewon, puis, apres la plus longue resistance des trois, Doryeon.

Mais la victoire militaire n’est que la moitie de l’histoire. Administrer un territoire aussi vaste et aussi peuple depuis l’autre cote d’une chaine de montagnes se revele tres vite impossible sans l’aide des lettres et des scribes hyeon deja en place. Generation apres generation, les gouverneurs roym envoyes depuis l’Ouest prennent femme ou mari hyeon, apprennent les Munhae, gouvernent avec les memes outils que les royaumes qu’ils ont conquis. Quand la capitale imperiale s’installe a Meongyu en 2390, la culture qui y regne deja n’a plus grand-chose de romaine.

L’ombre derriere Siyunn

Apres la scission de l’Empire Roym en 2782, plus rien ne rattache Siyunn a l’Ouest, ni politiquement, ni culturellement. Ce qui s’epanouit alors n’est ni tout a fait Roym, ni tout a fait Hyeon, mais un troisieme heritage, ou l’ancien peuple de la vallee pese bien plus lourd que les conquerants dont le nom a fini par disparaitre des memoires.

On raconte que l’idee meme d’un Empereur elu des dieux, plutot que simplement couronne par les hommes, viendrait d’une croyance hyeon bien plus ancienne que Roym lui-meme. Et quand, en 2680, l’Empire retire tout pouvoir territorial a ses nobles pour les remplacer par une administration centralisee, beaucoup d’erudits siyennites s’accordent a dire qu’il ne s’agit pas d’une invention, mais d’un retour : celui d’un systeme que les royaumes hyeon pratiquaient deja, des siecles avant que le premier legionnaire roym ne pose le pied dans la vallee.

Tout ceci reste fragile. Les Hyeon n’ont pas laisse de grande bibliotheque, pas de dynastie dont le nom ait survecu intact, seulement des noms de lieux, des habitudes administratives, et les convictions contestees de quelques erudits. A Siyunn comme ailleurs, on prefere aujourd’hui se raconter une histoire simple, celle d’un seul peuple, d’une seule lignee imperiale, plutot que d’admettre tout ce qu’elle doit a un peuple qu’elle a fini par engloutir.